Jour 3: tout à la fois

le point navigation: A lire le compte rendu de la journée précédente, on peut se demander comment on peut perdre un sentier en ayant une carte, et un gps. Après tout, il suffit de se coller le nez sur l’écran et de suivre le tracé non? Et quand bien même le GPS serait aux fraises, 2-3 points de repères, un peu de lecture de carte et on est bon hein? En pratique, c’est plus compliqué. Tout d’abord, les cartes néo-zélandaises, y compris celles du GPS, sont au 50 000eme, pas des plus précises donc. Ducoup entre la précision du GPS et celle de la carte, on se retrouve avec avec une approximation d’une quinzaine de mètres, ce qui peut faire la différence entre un terrain dégagé, un terrain bouché, et la rivière. Ensuite prendre des points de repères sur un terrain fermé, ce qui est valable la plupart du temps, est rigoureusement impossible. On se rappellera d’une bande de belges (c’est pas ma faute!) qui a passé plus de 3 jours dans une foret kiwi de moins de 10km de diamètres en 2009, et qui n’en serrait pas sortis sans l’intervention des secours. Ensuite, le tracé du sentier sur la carte ne correspond parfois pas dutout au tracé du sentier en pratique. Parfois, le sentier marqué par les petits panneaux est décalé de plus de 200 mètres du sentier théorique de la carte! Sans compter que le terrain lui même peut avoir grandement changé par rapport à la carte. Ainsi, le lit d’une rivière peut avoir bougé de plus de 500 mètres, changeant ainsi les lieux de passage à guet; le sentier peut même avoir complètement disparu, écroulé dans la rivière. Enfin, il ne faut pas oublier que parfois, le tracé est prévu pour être utilisable les jours de crues, et qu’un autre passage peut-être bien plus praticable les jours secs. Il faut donc constamment faire des choix stratégiques, quand à suivre les panneaux, tracer tout droit, contourner, suivre le sentier théorique…

 

Jour 3:

Météo: brumeux le matin, un peu frais mais dégagé l’après-midi

Distance: 19km

Durée: 13h

Hier soir, nous avons regardé la carte. Grosso modo, y’en a pour au moins 17km, soit plus que le jour 2. Et si en théorie, il n’y a pas l’air d’y avoir de dénivelé, et que le terrain a l’air à peu prêt praticable, on se méfie, et comme sur cette étape, on doit bivouaquer, on se dit que ça peut être bien de partir tôt pour planer la tente et manger avant la nuit. Du coup, à 8h, nous sommes sur le pied de guerre; Nous commençons à gérer le paquetage du sac et du petit dej, et nous partons de bonne humeur, d’autant qu’au départ de la hut, il y a une petite attraction: un petit chariot sur cable, pour traverser la rivière. Bon, au point où on en était, les pieds déjà mouillés, on aurait pu traverser à guet, c’eut été plus rapide, mais moins drôle.

olivine_hut-0999_resultat

Et moi pendant c’temps là, j’tournai la manivelleuhhh

olivine_hut-1008_resultat

pyke3_resultat

une petite brume pour bien commencer la journée

Après le petit tour de chariot, un beau sentier se dessine. Oui oui, un vrai sentier distinct du bazard ambiant, et presque facile à suivre. Nous avançons en sous-bois, nageant parfois littéralement dans les fougères qui nous arrivent jusqu’au torse. Quand je dis « beau sentier », ça n’empêche pas de traverser régulièrement de petits cours d’eau et de nous mouiller les pieds.

olivine_pyke-1047_resultat

Les petits panneaux peuvent être plantés n’importe où. N’importe où.

pyke2_resultat

Alors soit l’arbre penche, soit l’objectif déforme….

Quelques petits arbres tombés également, ou certains pièges comme ce passage de ruisseau où je me suis enfoncé jusqu’à mi-cuisse dans la boue, le pied collé au fond, et où il a fallu 5 minutes pour que millimètre par millimètre, le pied (avec la chaussure) s’arrache à l’effet de succion. Mais au delà de ça, nous cartonnons à plus de 3km/h dans un décors de rêve façon Walt Disney, avec les petits oiseaux qui volètent et tout.

olivine_pyke-1049_resultat

note au mec qui plante les panneaux: sur terrain découvert, quand c’est facile, C’EST PAS LA PEINE DE METTRE 25 PANNEAUX GEANTS, PAR CONTRE DANS LES COINS POURRIS OU ON VOIT RIEN, CA SERAIT BIEN VENU!!!

olivine_pyke-1052_resultat

une petite cascade en direct du glacier

On avance tellement bien qu’au bout de 3h, on a parcouru plus d’1/3 de la rando. A ce rythme là, on va finir par finir à l’heure.

olivine_pyke_resultat

olivine_pyke2_resultat

Ducoup, en arrivant au lac Willmot, on se dit qu’on peut se faire notre petite pause déjeuner. Le terrain s’y prête, c’est l’heure, et on a bien avancé.

lake_willmot_resultat

Après une bonne platée de riz préparée la veille, on retrouve nos petits panneaux qui ont l’air de partir à flanc de colline (et le flanc, il est large au delà des 45%) dans une forêt chaotique pleine de gros rochers. Alors on se dit qu’un petit lac de 1km, on peut se le faire les pieds dedans, le sentier devant être reservé aux jours de crue. Je me lance donc. Le fond est vaseux et les galets glissants. Je vise donc un banc de sable. Jusque là, j’ai de l’eau aux genoux; et lorsque je mets les pieds sur le « sable », je m’enfonce soudainement jusqu’à avoir de l’eau au dessus de la taille. Et du pseudo-sable, il n’y a plus que ça devant nous. Bon, ben ducoup, on va prendre le chemin hein. Cette forêt est un peu différente de celle de la veille. Elle a vraiment poussée sur la falaise, la progression se fait sur des gros blocs rocheux glissants, avec de nombreux arbres et fougères en travers du tracé, et ceux qui restent sont un appui peu fiable. Quand on les attrape, ça tremblote allègrement. Nous croisons la trace d’un bivouac, établi par Bruce à priori. Bruce? Un « bushman », qui vit dans le coin, chassant les possums pour les vendre, survivant dans la forêt depuis des dizaines d’années. On nous en a beaucoup parlé, mais nous n’avons pas eu le loisir de le croiser.

olivine_pyke-1078_resultat

un petit bivouac pour planter la tente; Enfin si on n’a pas peur de prendre un cailloux sur la tête; Ou un arbre.

Bref, nous mettons 2h à parcourir les 2km de forêt. Nous débouchons ensuite sur un terrain relativement découvert, en bordure de la Pyke River. Nous longeons ainsi la rivière, parfois dedans, parfois sur un sentier sur la berge, parfois dans les herbes hautes ou les flaxs.

olivine_pyke-1092_resultat

C’est beau quand même.

La progression est parfois laborieuse, en perdant parfois le fil du sentier, avec pas mal de zig-zag (c’est une rivière, ça méandre à mort!). Les kilomètres s’enchainent, et au bout de 10h, nous avons parcouru 15 kilomètres. Le terrain ne se prête pas à un campement, mais on aperçoit au loin le méandre représentant l’objectif de la journée. Un peu moins de 3 kilomètres à vol d’oiseau! en se dépêchant un peu, on peut y être avant la nuit. Motivé par cette perspective, nous bataillons dans les flaxs pendant plus d’une heure. A ce stade, il ne reste plus qu’un km. C’est sûr, après cette touffe de flaxs, on traverse la rivière Pyke, et on plante la tente. Mais la végétation s’intensifie, et les panneaux se font plus durs à trouver; Et quand on les trouve, ils partent en zigzag à travers le bush, les marécages et les ruisseaux. Une heure plus tard, nous avons paumé définitivement les panneaux. Il reste 400M!!!

olivine_pyke-1096_resultat

Alors là, on a tellement galéré, que je n’ai pas pris de photos; Alors au lieu, je vous mets une photo d’un animal charmant qui représente assez bien le degré de chiantise du moment.

 

Plus que 400m. Avec ou sans panneau, 400m, théoriquement, en allant tout droit, d’après la carte, ça doit le faire! Du coup, on se dit qu’on va défoncer droit devant, et dans 10 minutes on sort non? Une heure plus tard, des griffures partout, nous débouchons enfin sur la rive. J’insiste pour dire qu’en théorie, nous avons suivi le sentier officiel, d’après le GPS. En pratique, nous apprendrons plus tard qu’à un moment, les panneaux partent dans un ruisseau profond, parallèle à la rivière, et qu’en pataugeant pendant 500 mètres, on finit par déboucher sensiblement au même endroit. Mais à ce moment là, pas de panneau en vue, et nous remontons un peu la rivière jusqu’à trouver un passage un peu plus large et moins profond. Cela dit, le courant est tout de même assez fort, et nous traversons en utilisant la technique recommandée par le DOC dans ce genre de situation: en se tenant par les coudes et la taille, en démarrant en amont du point visé. L’eau monte un peu au dessus des genoux, et malgré le sol inégal, nous traversons sans incident. Enfin. Mais le soleil se couche, et nous tirons au plus court vers la berge opposée. Sauf que sur la carte, nous sommes sensé traverser quelques petits cours d’eau avant d’y arriver, quelques 200 mètres plus loin; Sauf que le lit ayant bougé, ces bras sont à secs. Nous faisons donc demi-tour, pour retourner à la rivière et remplir nos gourdes pour la cuisine du soir. Au passage, nous sortons les frontales, parce que le soleil s’est définitivement couché.

olivine_pyke-1093_resultat

Arrivé sur la berge, il y a une petit frange d’herbe haute mélangée à de la fougère, avant de retrouver le mélange de flaxs et de buissons. Fatigués, nous décidons de dégager une zone de la surface de la tente à grands coups de bâtons, avant de cuisiner notre backcountry. Les sandflies se sont couchées, et ça, c’est bien; Par contre, le froid a fait son apparition, et nous sortons les doudounes. Avec cette grosse journée dans les pattes, en particulier l’Everest de ces derniers 400 mètres, nous ne tardons pas à nous coucher. Demain, ça cevrait être plus facile!

 

 

You may also like...

1 Response

  1. Popa dit :

    Merci, merci, merci pour ces aventures fantastiques !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.